Évaluer le risque chimique consiste à repérer les substances dangereuses, puis à examiner comment les salariés peuvent y être exposés pendant leur travail. Prévenir le risque chimique consiste d’abord à supprimer le danger ou à remplacer le produit ou le procédé dangereux. Les protections collectives passent avant les équipements de protection individuelle.
Recenser les produits et les émissions du travail
L’inventaire doit couvrir les produits achetés, les mélanges préparés sur place et les substances produites par le travail. Les poussières de ponçage, les fumées de soudage ou les vapeurs de nettoyage peuvent exposer les salariés sans provenir d’un bidon étiqueté.
Pour chaque produit, relever le nom, l’usage, les quantités utilisées et les lieux de stockage. Associer chaque produit aux tâches concernées et à sa fiche de données de sécurité, souvent abrégée en FDS.
La fiche de données de sécurité renseigne notamment sur les dangers, la manipulation, le stockage et les protections adaptées. Une fiche ne remplace pas l’observation du travail réel : un produit pulvérisé n’expose pas de la même façon qu’un produit appliqué au pinceau.
L’inventaire doit aussi couvrir les situations moins visibles :
- le transvasement et la préparation des mélanges ;
- le nettoyage des outils et des installations ;
- la maintenance et le dépannage ;
- la gestion des déchets et des emballages souillés ;
- les fuites, les déversements et les autres incidents prévisibles.
Repérer les dangers pour la santé et la sécurité
Le danger désigne la capacité d’un agent chimique à provoquer un dommage. Le risque dépend aussi des conditions d’exposition : une substance dangereuse peut atteindre les salariés par l’air respiré, la peau, les yeux ou l’ingestion accidentelle.
Les effets peuvent être immédiats, comme une brûlure, une irritation ou une intoxication. Les effets peuvent aussi apparaître après des expositions répétées, comme une allergie ou certaines maladies respiratoires.
Les agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, appelés CMR, demandent une attention particulière. Les agents mutagènes peuvent provoquer des modifications du matériel génétique ; les agents toxiques pour la reproduction peuvent notamment altérer la fertilité ou le développement de l’enfant à naître.
Les dangers ne concernent pas seulement la santé. Les produits inflammables, les réactions entre produits incompatibles et certaines poussières combustibles peuvent provoquer un incendie ou une explosion.
Examiner l’exposition à chaque poste
L’évaluation porte sur les tâches réellement réalisées, pas seulement sur les consignes écrites. Observer les gestes permet de repérer les projections, les émissions dans l’air, les surfaces contaminées et les protections inutilisées ou mal adaptées.
Pour chaque tâche, examiner la fréquence et la durée d’exposition, la quantité manipulée et la forme du produit. La température, la pulvérisation, le travail en espace peu ventilé et les efforts physiques peuvent modifier l’exposition.
L’évaluation doit couvrir toutes les personnes susceptibles d’être exposées. Les salariés voisins, les équipes de nettoyage et les intervenants chargés de la maintenance peuvent être concernés sans manipuler directement le produit.
Des prélèvements dans l’air peuvent compléter l’observation lorsque l’exposition reste incertaine. Les résultats se comparent, lorsqu’elles existent, aux valeurs limites d’exposition professionnelle, appelées VLEP ; une mesure dans l’air ne renseigne pas sur le passage d’un produit à travers la peau.
Choisir les mesures dans le bon ordre
La prévention commence par une question simple : la tâche peut-elle être réalisée sans agent dangereux ? La substitution consiste ensuite à rechercher un produit ou un procédé moins dangereux, sans déplacer le risque vers un autre danger.
| Mesure | Application pratique | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Supprimer | Éliminer une opération ou l’usage d’un produit dangereux | Vérifier que le danger a réellement disparu |
| Remplacer | Choisir un produit moins dangereux ou un procédé moins émissif | Comparer les dangers et tester les conditions d’utilisation |
| Protéger collectivement | Fermer le procédé, capter les émissions à la source, isoler une opération | Vérifier l’efficacité pendant le travail |
| Organiser le travail | Limiter l’accès, réduire les manipulations, préparer le nettoyage | Prévoir aussi la maintenance et les incidents |
| Protéger individuellement | Choisir des gants, des lunettes, un vêtement ou une protection respiratoire adaptés | Vérifier la compatibilité, l’ajustement et les conditions de remplacement |
Un captage à la source retire les polluants au plus près de leur émission. La ventilation générale peut compléter le captage, mais la ventilation générale ne remplace pas un captage adapté à une émission localisée.
Les équipements de protection individuelle complètent les autres mesures lorsque l’exposition persiste. Aucun gant ne protège contre tous les produits chimiques, et un masque antipoussières ne protège pas contre les gaz ou les vapeurs.
Sécuriser le stockage et les manipulations
Les contenants doivent rester identifiables pendant toute leur utilisation. Le transvasement dans un emballage alimentaire expose à une confusion et doit être évité.
Le stockage doit séparer les produits incompatibles selon les indications des fiches de données de sécurité. Un classement alphabétique ne suffit pas à prévenir les réactions dangereuses.
Des contenants fermés, des moyens de rétention adaptés et des quantités limitées au poste réduisent les possibilités de fuite et de dispersion. Les déchets chimiques demandent aussi des contenants adaptés et identifiés.
Les consignes doivent expliquer les gestes à éviter, les protections à utiliser et la conduite à tenir en cas d’incident. Une formation au poste permet de vérifier que les salariés savent appliquer les consignes dans leurs conditions de travail.
Formaliser les actions et vérifier leur efficacité
L’employeur peut consigner l’évaluation dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, appelé DUERP. Chaque situation retenue doit déboucher sur une action, un responsable, une échéance et un moyen de vérifier le résultat.
Les situations susceptibles de provoquer un dommage grave ou une exposition mal maîtrisée sont à traiter en priorité. Une protection absente ou défaillante appelle une mesure immédiate, sans attendre la fin de l’inventaire.
L’évaluation doit être réexaminée après un changement de produit, de procédé ou d’organisation, ainsi qu’après un incident. Le contrôle du captage, l’entretien des équipements et les échanges avec les salariés permettent de repérer les écarts entre les mesures prévues et le travail réel.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un produit chimique ?
Un produit chimique est une substance ou un mélange de substances, d’origine naturelle ou fabriqué. Le terme couvre aussi bien un solvant qu’une peinture ou un détergent ; l’origine naturelle ne garantit pas l’absence de danger.
Pourquoi tous les produits chimiques ne sont-ils pas des agents chimiques dangereux ?
Un produit chimique n’est pas dangereux du seul fait de sa composition chimique. Un agent chimique dangereux, abrégé en ACD, présente un danger lié à ses propriétés ou à ses conditions d’utilisation ; l’absence de pictogramme ne suffit donc pas à écarter un risque.
Que signifient les pictogrammes sur les produits ?
Les pictogrammes signalent des catégories de danger, comme la corrosion, l’inflammabilité ou la toxicité. Les mentions de danger et les conseils de prudence précisent le risque et les précautions à prendre ; le pictogramme seul ne permet pas de choisir les protections.
Que faire en cas de contact avec un produit chimique ?
En cas de projection sur la peau ou dans les yeux, commencer immédiatement un rinçage abondant à l’eau et retirer les vêtements contaminés sans étaler le produit. Ne pas tenter de neutraliser le produit avec un autre produit. Alerter les secours selon la gravité et transmettre l’étiquette ou la fiche de données de sécurité.